Les sorties publiques des derniers mois devraient interpeller sérieusement le prochain gouvernement du Québec !
En juin, dans une lettre publiée dans Le Journal de Montréal, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse rappelait que le transport n’est pas un service périphérique, mais une condition d’accès à tous les autres droits : sans transport, pas d’emploi, pas d’éducation, pas de soins, pas de participation citoyenne et pas d’égalité réelle. Elle dénonçait également un système de transport adapté encore insuffisant, inéquitable, imprévisible et marqué par un sous-financement chronique. https://www.journaldemontreal.com/2026/06/01/pour-legalite-reelle-des-personnes-en-situation-de-handicap-agir-enfin-sur-le-transport-adapte
Quelques semaines plus tard, l’Association du transport urbain du Québec et ses partenaires interpellaient à leur tour les décideurs dans La Presse en rappelant que le transport collectif constitue une infrastructure économique essentielle et qu’il est urgent d’en faire une véritable priorité, avec un financement prévisible permettant de maintenir et de développer les services. https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2026-06-25/transport-collectif/l-infrastructure-que-le-quebec-ne-peut-plus-se-permettre-d-ignorer.php
Et aujourd’hui, le témoignage de Marie Turcotte dans TVA Nouvelles vient donner un visage humain aux conséquences de cette absence de vision. Alors que l’ARTM prévient que, sans ajustement du financement provincial, près de 1,8 million de déplacements pourraient être affectés en 2027, avec la remise en question du principe du « zéro refus », Marie Turcotte parle d’un « recul d’au moins 20 ans » et rappelle avec justesse que les personnes en situation de handicap doivent, elles aussi, pouvoir travailler, étudier, contribuer à leur communauté, participer à la vie politique et simplement vivre leur vie. https://www.tvanouvelles.ca/2026/09/01/un-recul-dau-moins-20-ans-le-transport-adapte-en-peril-dans-le-grand-montreal
Ces trois prises de parole, différentes dans leur angle, racontent pourtant la même histoire : le Québec ne peut plus se contenter de gérer le transport adapté et collectif dans l’urgence. Il doit enfin se donner une vision.
Nos gouvernements peuvent continuer à gérer le transport adapté dans l’urgence, à sous-financer les services et à demander aux personnes en situation de handicap de composer avec les limites d’un système qui ne répond plus adéquatement aux besoins. Ils peuvent aussi faire un choix différent : celui d’en faire enfin une véritable priorité gouvernementale.
Le Québec doit se doter d’une vision nationale, durable et ambitieuse de la mobilité accessible, assortie des moyens financiers nécessaires pour répondre à la croissance des besoins et aux transformations démographiques de notre société. Cela implique de reconnaître pleinement le transport adapté et le transport collectif accessible comme des services publics essentiels, d’en assurer la pérennité et d’investir dès maintenant dans leur développement.
Nous ne demandons pas au prochain gouvernement de nous promettre de ne pas reculer. Nous lui demandons de s’engager à faire avancer le Québec vers une société véritablement inclusive, dans laquelle chaque citoyenne et chaque citoyen peut participer pleinement à la vie sociale, économique et citoyenne.
Car chaque année de sous-investissement a des conséquences bien réelles : des heures d’attente, des déplacements refusés ou impossibles, des emplois inaccessibles, des rendez-vous manqués, des occasions perdues et, ultimement, des droits compromis. Le choix qui se présente au prochain gouvernement est donc clair : laisser le système s’effriter au risque de nous ramener 20 ans en arrière, ou avoir le courage de construire dès maintenant le modèle de transport accessible dont le Québec aura besoin pour les 20 prochaines années.
Le transport adapté n’est pas une dépense que l’on peut reporter. C’est un investissement dans l’égalité, l’autonomie, la dignité et la participation citoyenne. Il ne s’agit plus de maintenir le système à bout de bras, mais de préparer son avenir.
Le temps des demi-mesures et de la gestion à courte vue est terminé.
Le Québec doit se donner une vision. Le Québec doit investir. Le Québec doit garantir le droit à la mobilité. Et le Québec doit agir. Maintenant !
Dominique Viénot
Directeur général
ARUTAQ – Alliance des regroupements des usagers du transport adapté du Québec