L’ARUTAQ dénonce avec colère la prise de position de Monsieur Mario Dumont, qui applaudit un rapport proposant de restreindre le financement et la liberté d’action des organismes de défense collective des droits. Présenter ces organismes comme des groupes de « militantisme subventionné », c’est méconnaître profondément leur mission et mépriser le travail de celles et ceux qui, chaque jour, défendent les personnes que notre société laisse trop souvent derrière elle.
Au Québec, les quelque 350 organismes voués à la défense collective des droits jouent un rôle essentiel de garde-fous démocratiques. Ils documentent les injustices, dénoncent les reculs sociaux, interpellent les gouvernements et donnent une voix à celles et ceux qui, sans eux, seraient trop souvent ignorés. Ils sont là lorsque les décisions administratives, les impératifs budgétaires et les logiques de rentabilité prennent le dessus sur les droits fondamentaux. Dans une société où les besoins des personnes les plus vulnérables sont trop souvent sacrifiés sur l’autel de l’efficience et de la rentabilité, ces organismes ne sont pas un problème à éliminer : ils sont une nécessité démocratique.
Pour les membres de l’ARUTAQ, qui défendent collectivement les droits des personnes utilisatrices du transport adapté, cette réalité est concrète. Lorsque des services essentiels sont fragilisés, que des décisions sont prises sans réelle considération pour les personnes concernées ou que l’accès à la mobilité compromet leur autonomie, leur participation sociale et l’exercice de leurs droits, leur rôle est précisément de dénoncer ces situations et d’exiger des comptes. Faudrait-il donc se taire parce que leur mission bénéficie d’un financement public ? Faudrait-il accepter les injustices au nom de la neutralité, pendant que les personnes qui les subissent en paient le prix ?
Le financement public des organismes de défense collective des droits n’est pas un chèque en blanc accordé à des groupes qui voudraient imposer leur vision. C’est un choix de société qui reconnaît que les droits doivent pouvoir être défendus, y compris lorsque cela dérange les pouvoirs en place. Interdire à ces organismes de témoigner en commission parlementaire, de s’adresser aux tribunaux ou de formuler des revendications publiques reviendrait à museler une partie de la société civile et à affaiblir la capacité des citoyens les plus vulnérables de faire entendre leur voix. Qui profiterait d’une telle situation, sinon ceux qui disposent déjà des ressources et de l’influence nécessaires pour se faire entendre ?
Les propos de Mario Dumont sont d’autant plus préoccupants qu’ils ne sont pas à la hauteur de la responsabilité qu’implique le fait d’avoir souhaité prendre les rênes du Québec. Gouverner une société, ce n’est pas chercher à faire taire les voix qui dérangent ni considérer toute critique comme une dépense inutile. C’est être capable d’entendre les désaccords, de reconnaître les rapports de force et de comprendre que les contre-pouvoirs sont indispensables à une démocratie en santé. Une société démocratique ne se mesure pas à sa capacité de réduire au silence ceux qui contestent ses décisions, mais à sa capacité d’entendre ceux qui dénoncent ses angles morts et ses injustices.
Il y a également, dans cette façon de présenter la défense collective des droits, une confusion profondément réductrice entre les causes prétendument associées à la gauche ou à la droite. Depuis quand le respect des droits fondamentaux, la dignité humaine et l’égalité des citoyens seraient-ils l’apanage de la gauche ? Depuis quand défendre les droits des personnes en situation de handicap, des personnes aînées ou de toute personne confrontée à une injustice constituerait-il un positionnement partisan ? Les droits ne sont ni de gauche ni de droite : ils sont les fondements mêmes d’une société démocratique. Réduire la défense des droits à une idéologie politique, c’est caricaturer le rôle des organismes communautaires et détourner le débat de l’essentiel : le respect des droits et la responsabilité de l’État de les garantir. Quelle vision réductrice des clivages politiques que de laisser entendre que défendre les droits des citoyens serait une affaire de camp plutôt qu’une responsabilité collective !
L’ARUTAQ refuse que la défense des droits soit réduite à une activité de lobbyisme et que les organismes qui portent la voix des personnes en situation de handicap soient sommés de choisir entre leur financement et leur liberté de parole. Nous ne nous tairons pas pour rendre les décisions politiques plus confortables. Nous ne renoncerons pas à défendre les droits pour satisfaire une vision comptable de l’action communautaire.
Le Québec s’est doté de protections juridiques et de mécanismes de reconnaissance des droits au terme de luttes collectives menées par des personnes et des organismes qui ont refusé de considérer les injustices comme une fatalité. Ces avancées ne sont jamais définitivement acquises. Elles exigent une vigilance constante, particulièrement lorsque la rentabilité tend à devenir le critère dominant des décisions publiques.
La question n’est donc pas de savoir si les organismes de défense collective des droits doivent pouvoir critiquer l’État. La véritable question est de savoir quel genre de société nous voulons construire : une société où les droits fondamentaux demeurent une priorité, même lorsqu’ils exigent des investissements et des changements, ou une société où la voix des plus vulnérables devient facultative dès qu’elle dérange les calculs budgétaires.
Pour l’ARUTAQ, la réponse est claire : les droits ne sont pas une dépense superflue, la solidarité n’est pas un luxe et la défense collective des droits n’est pas négociable.
Dominique Viénot
Directeur général
Alliance des regroupements des usagers du transport adapté du Québec
Références :
- La lettre d’opinion de Mr Dumont : https://www.journaldemontreal.com/2026/10/28/notre-gouvernement-paie-pour-subir-du-lobbying