Le 24 septembre dernier, l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) annonçait une transformation majeure du transport adapté dans le Grand Montréal : création d’un Centre métropolitain de planification du transport adapté et prise en charge progressive des services par la Société de transport de Montréal (STM) à compter de 2027. Admission, réservation, service à la clientèle et planification des déplacements seront progressivement regroupés à l’échelle métropolitaine.
L’ARUTAQ reconnaît qu’une meilleure coordination peut être souhaitable. Mais une question fondamentale demeure : quelle place les personnes utilisatrices et leurs représentants ont-ils réellement occupée dans la conception de cette réforme?
L’ARTM affirme avoir consulté le milieu associatif. Or, être informé ou consulté sur un modèle déjà largement défini n’est pas participer à sa conception. La centralisation de fonctions essentielles aura des conséquences concrètes sur la vie quotidienne des personnes qui dépendent du transport adapté. Depuis dix ans, les usagers ont vécu les effets de plusieurs réorganisations. Les difficultés associées à la création d’exo et les alertes répétées et unies des regroupements de défense des droits de la grande région de Montréal auraient dû être pleinement prises en compte.
Pour l’ARUTAQ, cette situation révèle les limites d’une gouvernance descendante, où la consultation n’est qu’un outil de légitimation plutôt qu’un véritable exercice de co-construction. Les personnes utilisatrices et leurs représentants doivent être considérés comme de véritables acteurs de la décision, et non comme de simples parties prenantes consultées après coup.
L’annonce du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) du 24 septembre ajoute une préoccupation importante. Selon le syndicat, neuf postes seraient touchés à la Société de transport de Laval (STL) dans le contexte de la centralisation annoncée. Le SCFP craint notamment une perte d’expertise locale et une dégradation de la qualité des services. Alors que Laval doit être le premier territoire à intégrer le nouveau modèle en 2027, une question se pose : que devient l’expertise développée par les équipes locales lorsque des fonctions essentielles sont centralisées?
Le transport adapté ne repose pas uniquement sur des procédures administratives. Il nécessite une connaissance fine des territoires, des habitudes de déplacement, des besoins individuels et des situations complexes rencontrées quotidiennement. L’optimisation des ressources publiques est légitime. Mais lorsqu’il s’agit d’un service essentiel à l’autonomie, à la mobilité et à la participation sociale des personnes handicapées, l’efficience administrative ne peut être l’unique mesure de réussite.
La réforme devra ultimement être évaluée à partir de ses effets réels sur les usagers : facilité d’obtenir un déplacement, prévisibilité et continuité du service, capacité de répondre aux besoins individuels et maintien de la qualité des services. Le transport adapté est d’abord un service public permettant à des personnes handicapées d’exercer concrètement leur droit à la mobilité et à la participation sociale. Les réorganisations administratives ne doivent pas entraîner une perte d’expertise, une diminution de l’accessibilité ou un recul des services.
L’ARUTAQ estime donc essentiel que la réforme demeure centrée sur sa finalité première : offrir un transport adapté accessible, prévisible, continu et répondant aux besoins réels des personnes qui l’utilisent.
Le transport adapté doit s’adapter aux réalités des personnes. Ce ne sont pas les personnes admises au service public de transport adapté qui doivent s’accommoder de services moins accessibles au nom de la modernisation ou de l’efficience.
Face au mépris des instances et à l’entêtement bureaucratique de l’ARTM, le message est clair. Quelles que soient les échéances électorales à venir, le prochain gouvernement, une fois élu, trouvera en face de lui une société civile mobilisée et plus que jamais déterminée à collectivement obtenir le financement nécessaire à un service public de transport adapté québécois digne de ce nom, dans le respect des droits et des obligations enchâssés dans la loi !
Dominique Viénot
Directeur général
ARUTAQ
Articles de référence :
https://www.artm.quebec/le-transport-adapte-evolue-vers-un-modele-metropolitain/
https://scfp.ca/nouvelles/un-autre-coup-dur-pour-le-transport-adapte-du-grand-montreal